"Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s’ouvraient tous les coeurs, où tous les vins coulaient."
Arthur Rimbaud. (Une saison en enfer).

Il me reste si peu de choses… Un petit noeud aux quatre coins d’un mouchoir, et ça vous faisait un chapeau tenant sur la tête tout le jour durant, comme par miracle. Une grand-mère attentive veillant à humidifier le tissu quand il le fallait, et ça suffisait à vous protéger de l’insolation. La vieille femme devait tenir cette pratique de ses ancêtres napolitains (...)
Je ne me souviens pas avoir jamais vu Monsieur Perez lever la main sur un élève. Pourtant, dés qu’il franchissait la porte de la classe, une vague de silence l’accompagnait. Déferlant du premier jusqu’au dernier rang, ce tsunami noyait tout sur son passage; conversations, rires, jusqu’aux moindres chuchotements (...)
Que fallait-il emporter ? Le linge plié dans les armoires ou mes livres « rouge et or » rangés sur l’étagère. Les photos de classe avec tous ces camarades qu’on ne reverrait pas ou celles du mariage des grands-parents. Tout semblait précieux et dérisoire à la fois, les chaussures, les ustensiles de cuisine, les guirlandes du dernier Noël (...)